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Dernière modification le 05 mai 2008


Le mercierelle (Ficopomatus enigmaticus)

Originaire du sud-ouest Pacifique, Ficopomatus enigmaticus, (Fauvel, 1923), a colonisé depuis les années 1920, certains bassins à flot, canaux et lagunes de France. Aujourd’hui bien implanté et formant des récifs de plusieurs décimètres d'épaisseur, ce ver marin peut provoquer localement diverses perturbations (salissure de bouées, de coques de bateaux, de pontons, gêne à la fermeture de portes de bassins…).


A. Description, biologie, origine et répartition

L’annélide polychète sédentaire, Ficopomatus enigmaticus, est une espèce d'origine australe, décrite en Europe dès 1921. Elle est présente en Bretagne dans des milieux à fortes variations de salinité et à faible marnage.

Description

Ficopomatus enigmaticus, connu initialement sous le nom de Mercierella enigmatica (Fauvel, 1923), est un annélide polychète marin sédentaire, de la famille des Serpulidés, qui vit dans un tube calcaire. La longueur maximale de ce ver est d’environ 2,5 cm et celle de son tube ne dépasse pas 10 cm. C’est un ver grégaire dont les tubes individuels se soudent entre eux pour former des récifs qui peuvent atteindre plusieurs décimètres d'épaisseur. Les densités observées atteignent plusieurs dizaines de milliers d’individus par m².


Ficopomatus enigmaticus colonise préférentiellement des milieux confinés, semi-fermés et saumâtres tels que les estuaires, les bassins à flot des ports, ou encore les marais maritimes. Ces milieux offrent protection aux larves qui restent proches des colonies adultes, dans des eaux turbides riches en matière organique.
Son développement en eaux calmes facilite la construction de son tube calcaire.
Sa durée de vie est de 4 à 8 ans.

Régime alimentaire

C’est un animal filtreur suspensivore. A l’aide de son panache branchial, il capture les organismes planctoniques dont il se nourrit. Il est adapté à vivre dans des milieux fortement chargés en matières en suspension.

Reproduction

L'espèce est généralement gonochorique c'est-à-dire que les individus, mâles ou femelles, ne changent pas de sexe au cours de leur vie. On rencontre parfois un faible pourcentage (3 % maximum) d'hermaphrodites protandres : l‘individu naît mâle puis devient femelle.
Dans la zone atlantique, une température minimale de 18°C est nécessaire pour que Ficopomatus enigmaticus arrive à maturité sexuelle (Dixon, 1981).

La fécondation est externe. Les œufs donnent une larve (Dixon, 1981) qui peut séjourner dans la masse d’eau pendant plusieurs mois. Les larves nageuses s'installent ensuite sur les colonies établies et commencent à sécréter leur propre tube, participant ainsi à la construction récifale.

Modalités d'introduction et répartition

Ficopomatus enigmaticus est répertorié dans les eaux saumâtres des zones tempérées tout autour du globe, incluant des sites au Japon, en Afrique du Sud, en Amérique du Nord et du Sud, dans l’océan Indien, à Hawaii et au sud de l’Australie (Martinez-Tarberner, 1993). L'espèce serait originaire d'Australie (Martinez-Tarberner, 1993) et sa dispersion est probablement liée à l'essaimage sous forme de salissures (ou fouling) présentes sur les coques des bateaux (Dixon, 1981).

Le ver est aujourd’hui répertorié dans les eaux européennes, depuis le sud des Pays-Bas jusqu’à la Mer Noire, en passant par la Méditerranée et la Mer Caspienne.

L'espèce a été répertoriée en France en 1921 dans le canal de Caen menant à la mer. Depuis, elle est identifiée en divers sites de la Manche, de l'Atlantique et de la Méditerranée. En Bretagne, on la rencontre en différents points du littoral (notamment Saint-Malo, Paimpol, Brest/étang du Relecq-Kerhuon, Lorient/étang du Ter, Belle-Ile, Vannes Saint-Nazaire).

B. Impacts


Ficopomatus enigmaticus n’est ni un animal nuisible ni un animal dangereux, que ce soit pour le milieu naturel où il vit, ou pour l’homme. Il n’en demeure pas moins que sa prolifération occasionne des désagréments.

Capacité de colonisation

Ficopomatus enigmaticus n’a pas vraiment de compétiteurs. L’absence de concurrence avec d'autres espèces s’explique notamment par le fait qu’il s’établit dans des milieux très sélectifs (avec de fortes variations de salinité, milieu eutrophe) dont peu d’espèces s’accommodent.

Une fois fixé,, sa croissance est rapide (Martinez-Tarberner, 1993). Sa grande fécondité et une rétention des larves dans les eaux semi-fermées contribuent à l'augmentation rapide du nombre d'individus dans les colonies et au succès de l'espèce.

Impacts

Impacts économiques

Dans les bassins à flot, les canaux et lagunes où il se développe, il peut avoir des impacts négatifs comme des canalisations obstruées, les structures portuaires ou coques de bateaux colonisées.

Impacts écologiques

Un récif de F. enigmaticus constitue un véritable biotope de fentes et de microcavités où s'abrite toute une faune associée constituée en particulier de crevettes et des poissons (des civelles notamment). L’espèce a donc du point de vue de la biodiversité un effet bénéfique. En outre, la présence massive de Ficopomatus enigmaticus dans certains milieux fermés, a des effets bénéfiques réels sur la qualité de l'eau en réduisant les quantités de particules en suspension.

C. Gestion


Face aux gênes créées sur les installations portuaires et les navires, des moyens ont été recherchés pour y remédier (Camus et al., 2000).

Les peintures antisalissures

Il est souhaitable d’éviter de revêtir les hélices de bateaux (partie souvent la plus touchée) avec un vernis antisalissure, aucun produit actuellement commercialisé ne semblant efficace. Les peintures antisalissures à forte teneur en cuivre sont en revanche très efficaces, surtout lorsqu’elles sont appliquées avant la période de recrutement du ver (fin de printemps – début d’été sous nos latitudes).
Cependant, depuis 1998, la « Directive Biocides » réglemente la mise sur le marché des produits biocides pour 23 types de produits (TP) d’usages revendiqués. Les TP 21 correspondent aux biocides à usage antisalissure. Les substances actives et les formulations mises sur le marché doivent répondre aux obligations d’efficacité pour chaque usage revendiqué tout en n’ayant pas d’impact néfaste ni sur les travailleurs, ni sur les utilisateurs, ni sur l’environnement ou les organismes non ciblés. Les peintures ont cuivre font l'objet de cette Directive et sont en cours d'évaluation (Compère Ch. et al., 2005).
Les carénages printaniers précoces

Les carénages printaniers précoces sont à privilégier par rapport aux carénages de fin de saison. L’application des peintures antisalissures à forte teneur en cuivre sera plus efficace au moment de l’année où la colonisation est maximale. De manière plus générale, un entretien régulier des carènes doit être maintenu ainsi qu'une bonne régularité des sorties en mer.

La lutte naturelle

La réduction des apports nutritifs, une exondation périodique ou un à sec prolongé sont susceptibles de détruire cette espèce. Mais ces modes de gestion sont techniquement difficilement envisageables.

Le curage des ports pourrait réduire de façon notable les matières en suspension des eaux favorisant le développement de F. enigmaticus.

L’éradication par lutte naturelle semble donc très difficile et pas nécessairement souhaitable vu la non-dangerosité de l’espèce et le rôle positif qu’elle joue vis-à-vis de la biodiversité dans des milieux habituellement très peu diversifiés. Certains préconisent même la protection de certains sites (Gruet et Baudet in Dauvin, 1997).

D. Perspectives et recherches


Un programme de recherche sur la prolifération de Ficopomatus enigmaticus a été coordonné par le laboratoire côtier de l'Ifremer La Trinité-sur-Mer, en association avec deux laboratoires de recherche de l’Ifremer Brest (Camus et al., 2000). Une synthèse des observations réalisées en 2000, dans le port de Vannes, a permis de préciser des éléments de la biologie et de la reproduction de F. enigmaticus et d’identifier les matériaux et les peintures antisalissures les plus efficaces pour empêcher la fixation de F. enigmaticus.

Rédigé par Julie Pagny (GIP BE) en collaboration avec Dominique Hamon (Ifremer)

E. Références


Camus P., Compere Ch., Blanchet A., Dimeet J., Hamon D., Lacotte N., Peleau M. et Lasalle E., 2000. Ficopomatus enigmaticus: écologie, répartition en France et Bretagne, nuisances et moyens de lutte sur le site atelier du port de Vannes. Rapport de contrat Ifremer – Ville de Vannes, 50 p.

Compere C., Peleau M., Camus P., Blanchet A., Hamon D., 2005. Moyens de lutte contre le ver Ficopomatus enigmaticus. Journées du réseau national biofilm, Lorient.

Dixon D.R. 1981: Reproductive biology of the Serpulid Ficopomatus (Mercierella) enigmaticus in the Thames estuary, S.E. England. J. mar. biol. Ass. U.K., 61 : pp 805-815.

Dauvin, J.-C. (édit.) 1997 : Les biocénoses marines et littorales françaises des côtes Atlantique, Manche et Mer du Nord - Synthèse, menaces et perspectives. Laboratoire de Biologie des invertébrés Marins et Malacologie – Service du Patrimoine naturel/IEGB/MNHN, Paris, 376 p.

Fauvel, P. 1927 : Faune de France : 16 Polychètes sédentaires. Office central de Faunistique, Paris, Librairie de la Faculté des Sciences, pp359-361

Martinez-Taberner, A. et al. 1993: Colonization, structure and growth of Ficopomatus enigmaticus cf. TEN HOVE & WEERDENBURG (polychaeta, Serpulidae) in the Albufera of Menorca, Balearic Islands. Verh. Internat. Verein. Limnol. 25: p p1031-1034.